Immobilier

Entretien du jardin par le locataire : ce qu’il doit faire, ce qui reste au propriétaire et quand le dépôt de garantie peut être retenu

Anaïs de La Roche-Saint-Clar 9 min de lecture
Entretien du jardin par le locataire : pelouse après tonte et état des lieux

Dans une location, le jardin ne se limite pas à un espace agréable. Lorsqu’il est prévu au bail ou laissé à l’usage exclusif du locataire, il fait partie du logement. La règle est simple : l’entretien courant revient au locataire, tandis que les grosses réparations, la sécurité et les interventions lourdes restent à la charge du propriétaire. La difficulté, en pratique, consiste à distinguer une pelouse à tondre, une haie à tailler ou des travaux qui dépassent clairement l’entretien normal.

La règle de base : le locataire entretient, le propriétaire sécurise

L’entretien du jardin par le locataire relève des réparations locatives prévues notamment par le décret n°87-712 du 26 août 1987. Ce texte vise les travaux d’entretien courant que le locataire doit assumer pendant toute la durée du bail, dès lors qu’il dispose d’un jardin privatif ou d’un extérieur dont il a la jouissance exclusive.

Liste officielle des réparations locatives à la charge du locataire : Consultez le guide officiel pour identifier précisément les travaux d’entretien et les petites réparations qui vous incombent durant votre bail.

En pratique, le locataire doit maintenir le jardin dans un état normal d’usage. Il n’a pas à créer un espace décoratif parfait, mais il doit éviter l’abandon : herbes trop hautes, massifs envahis, feuilles accumulées, haies débordantes ou petits équipements laissés sans nettoyage. Le jardin doit pouvoir être restitué dans un état cohérent avec l’état des lieux d’entrée, en tenant compte de l’usure normale et des saisons.

Le propriétaire, de son côté, doit délivrer un logement décent et un extérieur sans danger manifeste. Il prend en charge ce qui dépasse l’entretien ordinaire : gros travaux, remplacement d’éléments vétustes, intervention sur un arbre menaçant de tomber, réparation structurelle d’un mur de soutènement, d’une clôture dégradée par vétusté ou d’un système d’évacuation défectueux qui ne résulte pas d’un mauvais entretien du locataire.

Situation Responsable habituel Exemple concret
Entretien courant Locataire Tondre la pelouse, désherber, arroser, ramasser les feuilles
Gros travaux ou sécurité Propriétaire Faire traiter un arbre dangereux, réparer une clôture vétuste
Jardin commun en copropriété Copropriété ou charges selon le cas Entretien des espaces verts collectifs par un prestataire
Dégradation par négligence Locataire Remise en état d’une haie morte faute d’arrosage raisonnable

Les tâches de jardinage qui incombent au locataire

Pelouse, massifs, allées : l’entretien visible du quotidien

Le locataire doit assurer les gestes réguliers qui évitent au jardin de se dégrader. Cela comprend la tonte de la pelouse, le désherbage des allées, l’arrosage raisonnable des plantations, le nettoyage des massifs, le ramassage des feuilles mortes et l’élimination des végétaux coupés. Ces tâches sont considérées comme courantes parce qu’elles relèvent de l’usage normal du jardin.

Il faut cependant rester concret. Une pelouse peut jaunir en période de sécheresse, certaines plantes perdent naturellement leurs feuilles, et un jardin n’a pas le même aspect en janvier qu’en mai. Pour éviter les discussions, l’état des lieux d’entrée doit décrire précisément le jardin : hauteur approximative des haies, état de la pelouse, présence d’arbustes, d’arbres, de massifs, d’un potager, d’un système d’arrosage ou d’un abri.

Haies, arbustes et petits arbres : taille régulière, pas travaux lourds

La taille des haies, des arbustes et des petits arbres relève généralement du locataire, lorsqu’elle correspond à un entretien habituel. Une haie qui empiète sur une allée, gêne l’accès au portail ou déborde chez le voisin doit être entretenue. Le locataire doit aussi éviter que les végétaux deviennent trop envahissants au point de créer des nuisances ou de rendre le jardin difficile à utiliser.

En revanche, l’élagage lourd d’un grand arbre, l’abattage, le dessouchage ou l’intervention nécessitant un professionnel pour des raisons de sécurité ne doivent pas être confondus avec une simple taille d’entretien. Si un arbre est malade, menace une toiture, soulève un mur ou présente un risque de chute, le propriétaire doit être averti rapidement et prendre les mesures nécessaires.

Gouttières, chéneaux et évacuations : attention à l’obstruction

Le jardin entretient aussi un lien direct avec les éléments extérieurs du logement. Le locataire peut être tenu d’assurer le dégorgement courant des conduits facilement accessibles, notamment lorsque des feuilles, mousses ou débris végétaux obstruent des gouttières, chéneaux ou évacuations. Si l’obstruction provient d’un manque d’entretien manifeste, les conséquences peuvent lui être reprochées.

À l’inverse, une gouttière percée, une évacuation mal conçue, un puisard défaillant ou un affaissement du terrain relèvent plutôt du propriétaire. Le bon réflexe consiste à signaler le problème par écrit dès son apparition, avec des photographies datées si possible. Cette précaution évite bien des contestations au moment de la sortie du bail.

Ce qui reste à la charge du propriétaire

Le propriétaire ne peut pas transférer au locataire tout ce qui concerne le jardin sous prétexte qu’il en profite. Sa responsabilité reste engagée lorsque l’intervention touche à la structure, à la vétusté, à la sécurité ou à la conformité du bien loué.

  • La remise en état d’une clôture ou d’un portail devenus inutilisables par vétusté.
  • La réparation d’un mur de soutènement, d’un escalier extérieur ou d’une terrasse dangereuse.
  • L’intervention sur un arbre instable, malade ou menaçant une construction.
  • Le remplacement d’un équipement extérieur hors d’usage sans faute du locataire.
  • Les travaux nécessaires pour garantir un logement décent et sécurisé.

La distinction est assez nette : le locataire entretient ce qui pousse, s’encrasse, déborde ou se dépose avec le temps ; le propriétaire répare ce qui se casse, s’affaisse, devient dangereux ou relève d’une vétusté profonde. Une pelouse haute traduit souvent un défaut de tonte, alors qu’une terrasse qui s’affaisse ou un mur qui bouge renvoie plutôt à un problème de structure. Cette lecture aide à qualifier la responsabilité avant d’imputer le problème à l’une ou l’autre partie.

Le propriétaire doit aussi intervenir lorsque le jardin était déjà dégradé à l’entrée dans les lieux, sauf si le bail ou l’état des lieux précise clairement qu’un point restait à traiter selon un accord particulier. Sans preuve contraire, il sera difficile de reprocher au locataire une dégradation antérieure à son arrivée.

Jardin privatif, jardin commun et aménagements : les cas qui changent tout

Jardin privatif ou simple accès à un espace vert

Le point décisif est l’usage exclusif. Si le locataire dispose seul du jardin attenant à sa maison ou à son appartement en rez-de-chaussée, il doit en assurer l’entretien courant. Si l’espace vert est commun à plusieurs occupants ou relève de la copropriété, son entretien est généralement organisé collectivement, souvent par le syndic ou par un prestataire, puis répercuté selon les règles applicables aux charges.

Dans une résidence, il faut donc vérifier le bail, le règlement de copropriété et la description des parties louées. Un locataire qui traverse seulement une pelouse commune n’a pas les mêmes obligations qu’un locataire bénéficiant d’un jardin privatif clôturé. La qualification du droit d’usage change la répartition des tâches.

Planter, installer, transformer : ce que le locataire peut faire

Le locataire peut en principe réaliser de petits aménagements réversibles : poser des pots, installer du mobilier de jardin, créer quelques plantations non invasives ou entretenir un potager léger, à condition de ne pas dégrader le terrain. Ces gestes relèvent de la jouissance normale du logement.

En revanche, les transformations importantes nécessitent une autorisation écrite du propriétaire. C’est le cas pour abattre un arbre, créer une terrasse, installer un abri scellé, modifier une clôture, construire une pergola, supprimer une haie ou transformer profondément la composition du jardin. L’accord écrit protège les deux parties : il évite au locataire une demande de remise en état coûteuse et permet au propriétaire de conserver la maîtrise de son bien.

Défaut d’entretien : preuves, mise en demeure et dépôt de garantie

Un jardin mal entretenu peut avoir des conséquences financières, mais une retenue sur le dépôt de garantie ne se décide pas au ressenti. Elle doit être justifiée par la comparaison entre l’état des lieux d’entrée et l’état des lieux de sortie, puis appuyée par des devis ou factures de remise en état.

Les preuves les plus utiles sont simples : photographies datées, descriptions précises dans l’état des lieux, échanges écrits, constat si nécessaire, devis détaillé d’un jardinier ou d’une entreprise. Une mention vague comme “jardin en mauvais état” pèse moins qu’une description concrète : “haie non taillée sur toute la longueur, allée envahie de mauvaises herbes, pelouse non tondue, branches coupées laissées au sol”.

En cours de bail, le propriétaire ne doit pas passer directement à la sanction. La démarche la plus prudente consiste à signaler le problème par écrit, demander une remise en état dans un délai raisonnable, puis envoyer une mise en demeure si rien n’est fait. En cas de blocage, la Commission départementale de conciliation peut être saisie avant une éventuelle action devant le Tribunal judiciaire.

  1. Comparer l’état actuel du jardin avec l’état des lieux d’entrée.
  2. Prendre des photographies datées et conserver les échanges.
  3. Informer l’autre partie par écrit, sans attendre la sortie du bail.
  4. Envoyer une mise en demeure si le défaut d’entretien persiste.
  5. Justifier toute retenue sur dépôt de garantie par devis ou facture.

Pour le locataire, le meilleur réflexe reste un entretien régulier plutôt qu’une remise en état dans l’urgence avant le départ. Pour le propriétaire, la meilleure protection passe par un état des lieux précis, accompagné de photos et d’une description claire du jardin loué. Dans la plupart des litiges, ce ne sont pas les principes juridiques qui manquent, mais les preuves permettant de les appliquer.

Anaïs de La Roche-Saint-Clar
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